La Fabrique des Objets : atelier pour enfants inspiré du Design Thinking

De l’individuel au collectif !

Un atelier organisé par idealab et ses partenaires, où les objets sont d’abord un prétexte pour se poser des questions sur les rapports entre individuel et collectif, et s’initier à un mode de pensée tourné vers le partage.

Vers une prise de conscience commune 

Il est neuf heures, les premiers enfants arrivent, certains un peu intimidés, d’autres pas tout à fait réveillés. Chacun apporte un dessin de son objet préféré, et se demande un peu ce qu’il fait là. Lorsque tout le monde arrive, l’atelier débute par des petits jeux pour faire connaissance. Petit à petit, les enfants se détendent, les premiers rires fusent ; la Fabrique des Objets commence !

Tout au long de la matinée, les enfants vont être amenés par divers chemins à s’interroger sur ce qu’est au fond un objet. A travers des questions posées et des activités de dessins, ils se confrontent pour la première fois aux notions d’utilisateur, d’espace, de fonctionnalité, d’interaction entre utilisateurs. En discutant avec les autres enfants, ils mobilisent leur imagination pour trouver des manières d’améliorer divers objets de leur quotidien : et si la lampe était plus colorée, le lit plus moelleux, le livre capable de tourner ses pages tout seul ?! Ils réalisent ainsi qu’ils sont capables de porter un regard critique sur les choses qui les entourent…

Réfléchir et produire ensemble 

La deuxième partie de l’atelier se fait en équipe : les enfants sont invités à transformer ensemble un objet tiré au sort. Au quotidien, ils n’ont presque jamais la chance de participer à un processus de réflexion collective. A la Fabrique des objets, c’est par la discussion que chacun a pu tester ses idées, comprendre pourquoi, défendre éventuellement sa position ou accepter d’évoluer vers une reformulation. Ce processus très riche est loin d’être évident pour l’enfant : il a l’habitude de jouer avec l’autre, d’échanger, mais pas de réfléchir ! Nous avons pourtant pu sentir que chacun prenait un réel plaisir à cet échange. Avec l’aide des adultes, c’est une excellente manière d’apprendre à respecter la parole de l’autre, même s’il est plus petit, et de découvrir que dialoguer permet d’enrichir sa réflexion. A la fin de la matinée, chaque équipe était fière de sa maquette, imaginée et construite en équipe.

 La réflexion d’une des équipes d’enfants partait d’un livre qu’une petite fille avait beaucoup aimé et qu’elle souhaitait pouvoir partager plus facilement. Pour réaliser ce souhait, les enfants ont envisagé et débattu plein de possibilités ! Une  amélioration suggérée concernait le fait de pouvoir entendre l’histoire lue. Après concertation, l’équipe donne naissance au  ‘Multi-book’ : un livre pouvant être consulté sous forme sonore, dans un espace dédié où l’on peut s’allonger super confortablement avec des casques à disposition. Pour que l’écoute soit un moment de partage, un grand cerf-volant est suspendu au-dessus de l’espace, et tous les ‘lecteurs-auditeurs’ peuvent profiter ensemble des illustrations du livre sélectionné.

Un cadre de pensée différent

A l’atelier, les enfants doivent réfléchir, mais pas de la manière dont ils le font d’habitude à l’école : rien n’est réellement obligatoire, il n’y a pas de démarche évaluative (au contraire !), pas de savoir à accumuler et à restituer. Une marge de liberté est donnée à chacun pour qu’il puisse s’approprier chaque activité à sa manière.

Enfin, pour une fois, démarche réflexive et production matérielle vont de pair : il s’agit de remplir une finalité bien concrète – produire ensemble une maquette d’objet utilisable -, en faisant travailler sa tête et son imagination. Ceux qui sont habituellement en difficulté face au travail scolaire peuvent ainsi se découvrir des qualités de sens pratique et de coopération insoupçonnées !

Apprendre à se faire confiance

Participer à un atelier, c’est faire connaissance avec plein d’inconnus, réaliser des activités individuelles et confronter le résultat de son travail au regard des autres, trouver sa place dans une équipe ; tout cela est loin d’être évident ! Entouré par des adultes et soutenu par le groupe, chaque enfant a pu se confronter à ses difficultés personnelles lors de ces différents moments. Une petite fille très timide et plus jeune est par exemple arrivée dans le groupe en n’osant pas prendre la parole. Elle avait très peur de montrer son dessin et d’en parler. L’accompagnement des adultes et la bienveillance encouragée au sein du groupe lui ont permis d’arriver à s’exprimer devant les autres, et ses idées et dessins ont suscité l’enthousiasme des autres enfants. Ainsi, sans être  brusquée, elle a pu trouver sa place dans un collectif et s’exposer à des situations angoissantes ; elle s’est prouvée qu’elle pouvait dépasser sa peur, et a terminé l’activité en montrant avec fierté ses dessins à sa mère…

Intégrer les enfants en difficultés

Un enfant un peu plus âgé cachait un manque de confiance en soi derrière une attitude  boudeuse et désintéressée. Il s’est pourtant trouvé de plus en plus impliqué et est entré en échange avec ses camarades dès lors qu’il a été placé en chef d’équipe et que ses qualités de leader potentiel (et de dessinateur) ont été mises en avant. C’est lui qui a souhaité présenter en premier aux parents le fruit du travail de son équipe au terme de la matinée, chose impensable à son arrivée.

Autre exemple, un petit garçon qui rencontrait de réelles difficultés psychologiques dans le contact avec autrui a pu, en étant accompagné quasi-individuellement pendant ces quatre heures, participer à sa manière à la production collective. Comme il découpait très bien, il a été nommé chef du découpage par son équipe. Sur proposition des autres enfants, les dessins qu’il avait produits seul en marge de l’équipe ont même été utilisés pour décorer la maquette de son équipe !

L’atelier fût un vrai moment de plaisir pour nous, et pour les enfants aussi si l’on en croit leurs témoignages et leurs rires tout au long de la matinée. Ils ont pu se sentir pris au sérieux dans leurs idées, et entrevoir qu’ils sont capables de changer le monde qui les entoure. Dans un cadre différent de l’école, ils ont réfléchi et créé autour des notions de partage, de collaboration, de confrontation d’idées et d’entraide. A la fin de la matinée, c’est fièrement qu’ils ont présenté leurs productions à leurs parents, avant de siroter une coupe de champomy bien méritée.

Ecrit par Thomas Villemonteix.

Psychologue. Chercheur en neurosciences. Co-animateur de l’atelier. Ecosystème idealab

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